Jupiter, l'apogée symphonique

par L'Univers de Noan  -  14 Janvier 2023, 08:00  -  #Compositeur, #Musicien, #Musique, #Biographie

Wolfgang Amadeus Mozart par Johann Heinrich Wilhelm Tischbein (1790)

Wolfgang Amadeus Mozart par Johann Heinrich Wilhelm Tischbein (1790)

1782, encore, où Mozart se lance dans la composition de concertos pour piano, de sorte qu’il se présente à la fois comme compositeur, mais aussi comme soliste. Il en écrit 15 jusqu’à fin 1786, le plus fort de son activité se situant au début de l’année 1784. Mozart est ensuite appelé de Munich à Vienne, où réside alors la cour de Salzbourg, lors de l’accession au trône d’un nouvel empereur Joseph II, le roi mélomane. Il se lie alors d'amitié avec Lorenzo Da Ponte et Emanuel Schikaneder.

 

En 1786, malgré l’interdiction impériale, son opéra Les « Noces de Figaro » sur un livret de Lorenzo Da Ponte d'après l’œuvre de Beaumarchais est créé et c’est véritable triomphe. Dans cet opéra comme dans Don Giovanni, donné à Prague en 1787, Mozart aborde le jeu mêlé de tensions sociales et sexuelles avec un éclairage perspicace sur le caractère humain qui, comme ce sera le cas dans la comédie plus superficielle « Cosi Fan Tutte » créé en 1790, transcende le cadre comique. Il en sera de même pour « la flûte enchanté » qui transcende le monde du théâtre populaire viennois d’où provient cet opéra par ses représentations rituelles et allégoriques de l’harmonie humaine et de la connaissance.

 

De retour à Vienne, en 1787, il obtient le poste mineur de « musicien de l’Empereur » à la cour de Vienne, poste laissé vacant depuis le décès de Christoph Willibald Gluck, ce qui lui accorde un revenu confortable et n’exige de lui rien d’autre que d’écrire de la musique de danse pour les bals de la cour. Durant ces années, Mozart va se forger une solide réputation de compositeur en publiant régulièrement des œuvres et en jouant comme pianiste concertiste. Malgré la mort de son père, le 28 mai 1787, Wolfgang écrit six quatuors à cordes qu’il dédicace au maître du genre, Joseph Haydn, ce dernier ayant un jour déclaré à Léopold, le père de Wolfgang, qu’il voyait en lui le plus grand compositeur qu’il connaisse que ce soit personnellement ou de nom ; selon Haydn, « Mozart a énormément de goût et, plus encore, une grande connaissance de la composition ».

 

 

En 1789, il est à Berlin dans la suite du prince Karl Alois de Lichnowsky. L'empereur Frédéric-Guillaume II lui offre la charge de premier maître de chapelle qu'il refuse, préférant se consacrer à la composition. Cosy fan lutte, sur un livret de Da Ponte est créé à Vienne le 26 janvier 1790, c'est un échec retentissant. Mozart a vécu le reste de sa vie à Vienne. Il effectue un dernier voyage à Prague à l’occasion de la première de « la Clémence de Titus » opéra créé sur un livret de Caterino Mazzola d'après Pietro Metastasio. Toutefois, les œuvres instrumentales composées de 1789 à 1790 sont nombreuses et comprennent quelques sonates pour piano, trois quatuors à cordes écrites pour Frédéric Guillaume II, quelques quintettes à cordes, parmi lesquels deux de ses œuvres les plus profondes : les quintettes N°3 en ut majeur et le N°4 en sol mineur, ses quatre dernières symphonies, la N°38 en ré majeur composé pour Prague en 1786, et la trilogie des trois dernières symphonies écrite en 1788 et formant, avec le lyrisme de la symphonie N°39 en mi-bémol majeur, la suggestivité tragique de la symphonie N°40 en sol mineur et la grandeur de la symphonie N°41 (Jupiter) en ut majeur, l’apogée de sa musique orchestrale.

Christoph Willibald Gluck (à gauche) - Emanuel Schikaneder (à droite)Christoph Willibald Gluck (à gauche) - Emanuel Schikaneder (à droite)

Christoph Willibald Gluck (à gauche) - Emanuel Schikaneder (à droite)

Cette dernière, point d’orgue de cette trilogie, est la synthèse de toutes les synthèses. La symphonie surnommée « Jupiter », constitue l’ultime hymne symphonique, hymne où Mozart a apporté toutes les connaissances de son art, alors pleinement épanoui. Les premières mesures présentent déjà les oppositions qui articulent la totalité de l’œuvre : le contraste entre « l’extériorité » et « l’intériorité » de l’être, entre l’action et la passion, entre la force et la faiblesse. Dans nul autre thème classique, un espace aussi restreint se réalise des états musicaux aussi antagonistes. D’abord, il y a cette figure-clé (fréquente chez Mozart) virile et menaçante, dont l’amplitude croît inexorablement. Elle se superpose aux forces terrestres, mais aussi à une contrainte inquiétante et à une servitude inéluctable.

 

À ce morceau « noir » succède brutalement le motif « blanc » des instruments à cordes, plus ouvert, interrogateur et exprimant la douloureuse insatisfaction de l’âme. Le génie, toujours plus évident chez Mozart, a réussi le tour de force de réaliser l’unité thématique de ces caractères résolument opposés et de cette dualité manifeste. Les mouvements médians sont empreints d’une plénitude inhabituelle chez Mozart : nimbés d’une substance complexe et riche en contrastes, ils sont si rigoureusement élaborés et si denses qu’ils imposent leur thème au final. Ce dernier se situe en dehors de toute convention.

 

Sa forme est celle d’une sonate aux multiples divisions « figurantes », et cet écheveau intriqué de techniques héritées de figures anciennes et des techniques modernes engendre des effets musicaux inédits et audacieux. Le motif final est lui aussi composé de deux thèmes différents qui reprennent deux concepts opposés : le premier mouvement représente le principe contrapuntique du passé (le contrepoint sous-entendu rigoureux) : il est dansant et scénique. Le second, pourrait être l’extrait d’un opéra bouffe car il correspond au principe moderne des accords homophones (L'homophonie désigne une musique collective à une voix, chantée à l'unisson. Le mot s'oppose à la polyphonie et à l'harmonie. Le chant grégorien est par exemple une musique homophone.). On pourrait tout aussi bien considérer que, dans cette structure à huit mesures, le côté métaphysique et la réalité de la musique mozartienne se fondent, à l’image des puissances surnaturelles et des forces terrestres, en une entité universelle.

 

Avec la symphonie « Jupiter » et pour la dernière fois peut-être, Mozart crée non pas une simple symphonie mais une conception musicale d’une ampleur confinant à l’universalité, centré sur l'homme pris dans le conflit de ses sentiments, dans la discontinuité de son existence et dans la multiplicité des avatars de sa destinée. Cette pourquoi cette musique n’engage pas de sentiment particulier et ne présente aucune tendance fondamentale. Elle n’est ni joyeuse, ni triste, ni vraiment optimiste, ni vraiment pessimiste. La symphonie N°41 englobe toutes ces caractéristiques car elle est avant tout, profondément humaine.

 

Parmi ces dernières œuvres, citons le concerto pour clarinette et quelques morceaux à l’intention des loges maçonniques dont faisait partie Mozart dès 1782. Notons que les doctrines maçonniques ont, sans aucun doute, influencé sa réflexion et ses compositions, durant ses dernières années. En septembre 1791, il interrompt la composition de son Requiem commandé par le comte Franz de Walsegg pour composer Die Zauberflöte « la flûte enchantée » sur un livret d'Emanuel Schikaneder, donnée triomphalement le 30 septembre 1791. Il reprend la composition du requiem. Il meurt brutalement le 5 décembre 1791 frappé par une maladie fiévreuse, laissant le requiem inachevé, seconde grande œuvre d’église après la messe en ut mineur écrite en 1782. L’achèvement du requiem sera réalisé par son élève Franz Xaver Süssmayer. Mozart est enterré en fosse commune au cimetière Saint-Marc en banlieue de Vienne, avec peu de cérémonie et dans une tombe sans inscription, selon la coutume en vigueur à cette époque.

 

Noan Benito Vega
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Constance et Wolfgang dans la campagne aurichienne

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