The Handmaid’s Tale

par L'Univers de Noan  -  26 Novembre 2022, 08:00  -  #Série

Elisabeth Moss incarne June Osborne l’héroïne rebelle renommée Defred

Elisabeth Moss incarne June Osborne l’héroïne rebelle renommée Defred

Après la série sur la dynastie des Kennedy, la seconde série à l’honneur dans Passions Plurielles nous est revenue pour une saison 5. Je veux bien sûr parler de The Handmaid’s Tale de Hulu, la série qui met en exergue une possibilité plus que probable dans un monde où l’extrémisme ne cesse de croître.

The Handmaid’s Tale (la servante écarlate) est conte politique, horrifique, un conte cruel décrivant une société dystopique et dictatoriale dans laquelle les femmes sont réduites à leur rôle premier selon une lecture littérale de la Bible et qui nous plonge dans un futur proche où les catastrophes écologiques et la chute du taux de fertilité ont poussé un régime religieux, totalitaire, extrémiste et patriarcal à prendre le pouvoir aux États-Unis et renverser le gouvernement pour instaurer ses propres lois. Bienvenue dans la république de Gilead.

 

Au sein de Gilead, les femmes sont triées par caste en fonction de leur statut : les épouses, des dirigeants qui sont éduquées mais stériles s’habillent en bleu, couleur de la vierge Marie, les tantes gardiennes du centre rouge, perverses et sadiques sont vêtues en brun, les Martha qui prennent soin du logis sont habillées en vert-de-gris et enfin les servantes qui sont fertiles véritables esclaves sexuelles au nom de la procréation, sont vêtues de rouge, couleur de la pécheresse repentie Marie-Madeleine.

Yvonne Strahovski (Serena Joy), Elisabeth Moss (Defred et Dejoseph), Ann Dowd (Tante Lydia)

Yvonne Strahovski (Serena Joy), Elisabeth Moss (Defred et Dejoseph), Ann Dowd (Tante Lydia)

C’est sur ces dernières que la série s’attarde. Nous suivons June Osborne (Defred et Dejoseph) qui a pour unique rôle de donner des enfants au leader auquel elle est affectée. Son monde est au croisement entre, régime nazi, guerre froide et moyen-âge.

 

Violer à répétition au nom de la préservation de l’humanité et légitimer par la religion elle n’est plus qu’un corps qu’elle doit céder à la société sans rébellion sous peine d’être mutilée… The Handmaid’s Tale laisse l’horreur de son récit nous envahir lentement et c’est au travers du quotidien de Defred et des yeux de toutes les femmes de la série que nous découvrons cette société brutale. On partage leur intimité et leur enfermement. Des sauts dans le temps nous permettent de comprendre comment la société américaine en est arrivé là. On découvre alors que tout n’est que manigances politiques et que la société s’est laissé faire sans réagir.

 

Elisabeth Moss incarne June Osborne l’héroïne rebelle renommée Defred (Ofred dans le roman), au service des Waterford qui se bat pour renverser le régime. L’actrice œuvre également derrière la caméra en tant que productrice et elle réalise même trois épisodes de la saison 4. Habituée aux rôles de femmes fortes évoluant dans des milieux misogynes, elle insiste aussi pour que le plus de femmes possibles, puissent contribuer à raconter cette histoire d’où le ton résolument engagé et féministe de la série.

Elisabeth Moss (Defred), Yvonne Strahovski (Serena Joy), Joseph Fiennes (Commandant Waterford)

Elisabeth Moss (Defred), Yvonne Strahovski (Serena Joy), Joseph Fiennes (Commandant Waterford)

L’originalité de cette dernière, est de mettre au premier plan les conséquences du fascisme sur les femmes qui, malgré son lot de violence et de drame, trouvent toujours une lueur d’espoir et de rébellion en elle, pour se soulever contre ceux qui voudraient l’empêcher d’aimer ou de désirer ; sujet plus qu’actuel dans une société où les inégalités hommes/femmes persistent.

La série est l’adaptation du roman de Margaret Atwood « la servante écarlate » publié en 1985, traduit dans 40 langues et vendu à plus de 8 millions d’exemplaires. La première adaptation, bien que passée inaperçue, a été réalisée en 1990 par Volker Schlöndorff avec un casting prestigieux, Natasha Richardson dans le rôle d’Ofreid, Faye Dunaway dans le rôle de Serena Joy, Aidan Quinn dans le rôle de Nick, Elizabeth McGovern dans le rôle de Moira, Victoria Tennant, dans le rôle de Tante Lydia et Robert Duvall dans celui du commodore. Le film reçoit en 1990 l’ours d’or du meilleur réalisateur.

Natasha Richardson (Ofred) et Faye Dunaway (Serena Joy) - Film réalisé par Volker Schlöndorff en 1990

Natasha Richardson (Ofred) et Faye Dunaway (Serena Joy) - Film réalisé par Volker Schlöndorff en 1990

Natasha Richardson (Ofred), Robert Duvall (commodore) - Film réalisé par Volker Schlöndorff en 1990

Natasha Richardson (Ofred), Robert Duvall (commodore) - Film réalisé par Volker Schlöndorff en 1990

Elizabeth McGovern dans le rôle de Moira - Film réalisé par Volker Schlöndorff en 1990

Elizabeth McGovern dans le rôle de Moira - Film réalisé par Volker Schlöndorff en 1990

C’est surtout l’adaptation en série de Bruce Miller qui connaît un succès phénoménal depuis 2017. Margaret Atwood dit s’être inspiré de l’Amérique puritaine du XVIIème siècle et de ses voyages derrière le rideau de fer en Allemagne. Mais son récit est toujours tristement d’actualité et pour rendre le propos encore plus percutant, les producteurs de la série ont décidé de sublimer l’horreur.

De la lumière aux symétries prononcées des cadrages, chaque plan est travaillé comme un tableau de maître ou même un simple travelling vers le visage d’Elisabeth Moss éprouvée et sans fard est d’une beauté chirurgicale et dans certains plans, le contraste des couleurs est saisissant.

Dès son lancement, un an après l’élection de Donald Trump, l’univers de la servante écarlate passionne tant il sonne juste et c’est le premier programmé diffusé sur une plateforme de streaming à remporter l’Emmy Awards de la meilleure série dramatique.

Elisabeth Moss (Defred), Alexis Bledel (Deglen) et Ann Dowd (Tante Lydia)

Elisabeth Moss (Defred), Alexis Bledel (Deglen) et Ann Dowd (Tante Lydia)

Cette dernière, est en train de devenir un phénomène de société car The Handmaid’s Tale c’est avant tout l’histoire d’une Amérique devenue ultra-conservatrice qui a récemment interdit l’avortement. Dès la sortie de la série, des femmes ont manifesté, habillées en servantes dans le cadre de la marche des femmes contre Trump en 2017 et dans laquelle on pouvait lire ce slogan adressé à ce dernier : « la série The Handmaid’s Tale n’est pas un manuel d’instructions. ».

 

Cette tenue est donc devenue le symbole des menaces qui pèsent contre le droit des femmes, mais d’autres éléments de la série se vérifient dans la réalité. De plus, après la nomination du juge conservateur Brett Kavanaugh à la cour suprême, elles étaient là, puis elles se sont positionnées à l’intérieur du congrès. En fait, le mouvement s’est étendu partout où les droits des femmes sont menacés, aux États-Unis bien sûr, mais aussi en Irlande, en Argentine et même en France à Châteauroux ou des femmes protestaient en silence contre la fermeture d’une maternité.

 

Autre thème de la série, le patriarcat. Quand le juge Brett Kavanaugh, accusé de viol est auditionné par une brochette d’hommes cela nous rappelle cette image de la série où l'assemblée de Gilead est devenu exclusivement masculine. Enfin, Dernier thème qui fait écho à l’actualité, l’écologie. Dans la série comme dans le film, l’homme a dégradé la planète, ce qui a entraîné une baisse de la fertilité. Dans la vraie vie, en 40 ans le nombre de spermatozoïdes chez l’homme a baissé de 50%. Conclusion ? Beaucoup d’éléments fictionnels de la série ne semblent plus si fictionnels que cela et dans ce monde réglé au millimètre, June lance un appel à la révolte : « ils n’auraient jamais dû nous donner des uniformes s’ils ne voulaient pas que l’on devienne une armée. ».

 

Noan Benito Vega
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Ils n’auraient jamais dû nous donner des uniformes s’ils ne voulaient pas que l’on devienne une armée.

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