Discographie Comparée

par L'Univers de Noan  -  17 Septembre 2022, 08:00  -  #Concerto, #Musique

Martha Argerich, pianiste argentine

Martha Argerich, pianiste argentine

Depuis plus de huit décennies, le troisième concerto de Rachmaninov est intégré dans le répertoire de nombreux pianistes internationaux. Citons notamment Vladimir Horowitz, Byron Janis, Sviatoslav Richter, Alicia de Larrocha (première interprète féminine en 1974), Martha Argerich, le tout jeune pianiste australien David Helfgott qui l’interpréta au Royal Collège of Music de Londres et remporta le prix Dannreuther pour la meilleure interprétation du concerto (lire l’article sur le film Shine) ou encore Boris Giltburg, Lauréat du concours Reine Élisabeth 2013, pour sa magistrale interprétation de l’œuvre.

 

Aussi, loin de moi l’idée de vous dresser une liste exhaustive des enregistrements du concerto N°3, car il en existe aujourd'hui plus de deux cent cinquante comme celui, entre autre, de Iegveni Kissin, de Khatia Buniatishvili ou de Yefim Bronfman pour ne citer qu'eux. Je vous en propose quatre, très intéressants et qui font partie de mes enregistrements favoris.

 

Je ne pouvais pas commencer cette recommandation autrement qu’en vous présentant l’enregistrement de Martha Argerich et son interprétation live Berlin de 1982. Oui, oui, je sais… Les puristes de Rachmaninov diront que ce n’est pas le meilleur enregistrement, mais je le place en tête, car c’est avant tout un « live ». Ce sont mes enregistrements favoris quelle que soit la forme musicale ou l’artiste d’ailleurs. Avec cette évocation des enregistrements publics, la transition est toute trouvée pour vous parler, en préambule, de la prise de son de cet enregistrement qui semble diviser la communauté des amateurs de Rachmaninov.

 

Lors de mes recherches, j’ai pu constater que certains d’entre eux trouvaient le son de cet album et selon leur propre terme : « pas terrible » ou « médiocre » et qui serait en partie dû justement au « live » et donc aux bruits de salle trop présents. Pour ma part, je fais partie, pour l’avoir beaucoup écouté, de ceux qui pensent que la prise de son est d’excellente qualité avec du bruit de salle, certes, mais juste ce qu’il faut pour s’immerger totalement dans l'œuvre lors de l’écoute et se téléporter dans la salle en fermant les yeux. Le son n’est, par ailleurs, ni étriqué, ni étouffé, mais plutôt mat… Je dirais que cet enregistrement est à écouter sur des bonnes enceintes Cabasse.

 

Il va sans dire que cette version, humblement intitulée « The best of Rach 3 », a du caractère grâce au charisme de la soliste. Martha Argerich, est tout simplement extraordinaire même si on peut parfois lui reprocher quelques changements de tempi un peu brusques et des mélodies qui ne sont pas toujours aussi caressantes qu'elles le devraient ce qui est, je le concède, un peu déroutant. Mais qu’importe, c’est du grand Martha !

 

L’interprétation est à la fois vigoureuse et brillante cela même si Riccardo Chailly, qui dirige l’orchestre radiophonique de Berlin, n'est pas reconnu comme un grand spécialiste de Rachmaninov. Malgré une sortie un peu précipitée et un marketing un peu vulgaire, mais très efficace, cette version, élue diapason d’or, est la version qu’on se doit de posséder dans sa discothèque que l’on soit « Rach » ou Rachmaninov.

 

Qui mieux que ce dernier pour nous révéler la vérité de son œuvre ? Et si cela n'est pas toujours vrai, il faut bien le dire, dans le cas de Rachmaninov, redoutable pianiste s'il en fut, on ne peut avoir aucun doute surtout quand il a pour acolyte le grand Eugène Ormandy et son incroyable orchestre de Philadelphie.

 

L’essor de l’enregistrement discographique au XXe siècle a permis à bon nombre de compositeurs contemporains, de graver pour la postérité les œuvres majeures de leurs répertoires. Ce qui est très intéressant avec les enregistrements historiques des quatre concerti réalisés entre 1939 et 1943 et réédités par Naxos, c’est qu’ils nous permettent d’accéder directement à l’état mental de Rachmaninov. À celui du compositeur d’une part, et d'autre part, à l’extraordinaire interprète qu’il était. Rachmaninov, avec cette version de 1940, nous livre les clefs à la fois émotionnelles et musicales pour mieux appréhender la vision de son œuvre. Concernant la prise de son ? Pas d’inquiétude… Le repiquage Naxos est de bonne qualité, nous offrant d'une manière naturelle les timbres du piano et les belles sonorités d'une grande formation orchestrale américaine.

 

Américaine est aussi la nationalité de Byron Janis, autre interprète qui nous fait vibrer d’émotions avec l’enregistrement Mercury réalisé en 1961. Bon… Les connaisseurs savent qu’à quelques secondes près, cette version présente un timing proche de l'enregistrement de 1957 avec Munch et l’orchestre symphonique de Boston. C’est dire si l'interprétation de Janis était arrivée à maturité.

 

Janis, pur produit de l’école américaine, est un pianiste virtuose à la sonorité brillante. Il est à la fois capable de jouer avec une grande force et une grande vivacité. Suivi par l'énergique Antal Dorati et l’orchestre philharmonique de Moscou, il nous livre ici une version tout aussi bonne que celle de Boston. Cependant, si l’on n'écoute pas cet enregistrement avec la tête entre les deux mains, on n'en est pas moins enthousiasmé par un jeu romantique à souhait, mais aussi déçu par une dynamique musicale, parfois brutale.

 

Enfin, qui dit Rachmaninov dit aussi Russie et il était impensable de conclure cette recommandation discographique sans vous parler de l’enregistrement légendaire de Vladimir Ashkenazy, pianiste virtuose russe par excellence, enregistrement datant de 1963 et édité chez Decca Legend.

 

Enregistré alors qu’il est âgé de 26 ans et émoussé par une Union soviétique qui étouffait sa personnalité artistique, Vladimir Ashkenazy, avec cet enregistrement, démontre déjà les traits caractéristiques de son approche dans Rachmaninov. Il quittera définitivement la Russie dès la fin de cet enregistrement pour s’installer d’abord à Londres, puis en Islande dont il prendra la nationalité et enfin à Meggen en suisse.

 

Vladimir Ashkenazy nous offre une interprétation sans effets ostentatoires, avec des tempi réguliers et qui ne sont pas trop pressés. On sent surtout le musicien soucieux d'exprimer toute la poésie voulue par le compositeur, sans chercher à démontrer sa virtuosité ou sa puissance de jeu ce qui met parfaitement en évidence le brillant de ce qui est, après tout, un des plus brillants et difficile concerto du répertoire classique.

 

Noan Benito Vega
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