The Joy Luck Club

par Noan  -  14 Octobre 2020, 17:56  -  #Cinéma, #Dramatique

The Joy Luck Club

Chronique intime de la vie de deux générations de femmes sino-américaines. Le club de la chance est un club de mah-jong créé par quatre immigrantes de Shanghai qui ont fuient la chine durant la guerre. Lors de leurs parties de mah-jong elles échangent des recettes, des souvenirs et s’apportent un soutien mutuel. Lors d'un rassemblement, à la veille d'un voyage en Chine, June (Ming-Na Wen), née aux États-Unis, prend la place de sa mère Suyuan récemment décédée. Le film revient donc sur les moments critiques des relations entre les mères et leurs filles. Entre relations parfois fusionnelles, parfois toxiques et des rivalités qui trouvent une accalmie vers la fin du film. Ce dernier maintient son élan avec succès grâce à une mise en scène sensible, l'excellence totale de la performance et du design, son flux émotionnel rythmique et le mélange aigre-doux d'humour et de larmes. Ce mélodrame sophistiqué est à mettre au crédit du réalisateur Wayne Wang qui ne permet jamais aux marées de l'émotion d'éroder l'essentiel, la véracité des caractérisations et des idées du film.

Le club de la chance est une image « d’immigrants » par excellence. Magnifiquement réalisé, le film se trouve être une étude émotionnellement déchirante du fossé générationnel - mais aussi de la continuité - entre les mères chinoises et leurs filles sino-américaines. Wayne Wang nous livre ici le parcours de quatre femmes élevées dans la tradition chinoise et met en parallèle celui de leurs quatre filles élevées en Amérique. Alors que la vie de leurs mères est en proie au malheur, les quatre jeunes filles ne parviennent pas plus à trouver leur place en particulier dans leurs vies affectives. Quatre points cardinaux, quatre mères, quatre filles, quatre saisons. Ce chiffre rebondit à l’infini dans un comte qui puise son inspiration aux sources de l’empire de l’ouest.

Le film explore des problèmes universels tels que les attentes, la pression et la déception des mères à l'égard de leurs filles lorsqu'elles ne les surpassent pas, lorsqu'elles finissent par être aussi victimisées ou maltraitées qu'en Chine. En plus de mettre en exergue le poids des traditions, Wayne Wang nous dépeint deux cultures et deux générations qui se heurtent. De façon très subtile, il décortique le rapport mère/fille dans ce qu'il a de plus complexe et de plus profond. En effet, ces femmes devenues rigides de par leur éducation dans la chine féodale des années 40, communiquent inconsciemment les souffrances endurées à leurs propres filles qui n'arrivent pas à trouver leur identité, faute d'avoir été valorisées et suffisamment aimées.


Un critique rapporte qu’à la fin de la projection presse du club de la chance, les responsables de la publicité de Miramax se sont tenus à l’extérieur du théâtre et ont remis des Kleenex aux critiques présents. Outil marketing bien sûr, mais il banalise également un excellent film qui, dans son ambition, va bien au-delà du divertissement grand public car le club de la chance pourrait s'avérer être l’un des films sino-américains le plus important jamais réalisé.

En effet, à quelques exceptions près, les Américains d'origine asiatique n'ont pas bénéficié d'un traitement favorable dans les films hollywoodiens.  Dans leur tentative de diversifier leur tarif de divertissement familial, qui est pour la plupart élevé, Hollywood studio, pour réaliser le club de la chance, a pris sous ses ailes Miramax, le producteur Joe Roth, l'équipe créative d'Ismail Merchant, producteur décédé en 2005 et les productions James Ivory. Par ailleurs, contrairement à d'autres groupes ethniques, il n'y a pas beaucoup de cinéastes sino-américains, ce qui explique la sous-représentation des anglo-saxons d'origine asiatique sur nos écrans. Le club de la chance peut être vu, à ce jour, comme une percée pour la représentation des Asiatiques dans le cinéma hollywoodien.

Wayne Wang, qui a également co-écrit le scénario avec Amy Tan, à parfaitement rendu justice au livre en conservant les qualités émotionnelles et universelles du matériau littéraire. L'exposition, qui embrasse des décennies et va et vient du passé au présent et d'une femme à l'autre, est toujours lucide et captivante. Ce qui unifie la structure épisodique, c'est une fête d'adieu pour June (Ming-Na Wen), l'une des filles, alors qu'elle est prête à se rendre en Chine et à rencontrer ses sœurs jumelles, sa mère ayant été dans l’obligation d'abandonner celle-ci pendant sa fuite du pays déchiré par la guerre. Les scènes se déroulant en Chine sont particulièrement réussies et poignantes.

Un autre épisode émouvant est celui où l'une des tantes joueuses de mahjong de June, Lindo (Tsai Chin) raconte comment elle a été vendue en mariage par sa mère à l'âge de 4 ans, et comment elle et sa fille Waverly (Tamlyn Tomita) ont enduré de dures années avant de finalement d’atteindre la réconciliation. Rose (Rosalind Chao), mariée à un homme blanc insensible et axé sur la carrière (Andrew McCarthy), révèle l’histoire dévastatrice de sa mère An Mei (Lisa Lu), qui était l'une des nombreuses épouses d'un seigneur chinois et s'est sacrifiée pour sa fille.Le casting a dû être un défi majeur, car chacune des huit femmes est belle et distinctive. Naturellement, le jeu des acteurs est variable, allant des performances splendides de Tsai Chin et Rosalind Chao à celles moins impressionnantes de Ming Na-Wen, mais qu’importe ! L'image et la lumière sont tout simplement superbes et la caméra de Wayne Wang sublime, incontestablement, le visage de ces femmes au teint de porcelaine.

Le miracle est que le film se trouve être politiquement correct. Ce n’est pas une image d’agenda féministe, et bien qu’il s’agisse de femmes d’Asie et d’Amérique, il propage la diversité culturelle. Le style visuel est riche, mais pas ostentatoire comme il sied à son échelle intime et à sa nature psychologique. En outre, la majeure partie du film est réalisée en gros plans grâce à la spectaculaire cinématographie d'Amir Mokri, directeur de la photographie, qui nous livre de magnifiques gros plans sur huit portraits de femmes sino-américaines.

Enfin, la conclusion, qui nous offre une séquence cruciale tournée dans un style épique, nous rappelant celui de Bernardo Bertolucci. C’est la seule séquence qui utilise des plans longs et qui transgresse d’une manière ou d’une autre la nature par ailleurs personnelle du matériau. À ses meilleurs moments, le film présente une perspective rare d'une expérience culturelle qui a mon sens à manquer à nos écrans, grands comme petits. Chacune des histoires est différente, mais le ton émotionnel général est cohérent et le lien thématique clair : la plupart des femmes, des deux générations, ont été victimes d'une manière ou d'une autre. Un film primé à nombreuses reprises et à regarder… Entre mères et filles…

L’Univers de Noan

 

Le club de la chance
États-Unis – Dramatique – 1993
Un film de Wayne Wang
Les mères : Kieu Chinh, Tsai Chin, France Nuyen, Lisa Lu
les filles : Ming-Na, Tamlyn Tomita, Lauren Tom, Rosalind Chao

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