L’idéaliste

par Noan  -  30 Septembre 2020, 11:00  -  #Cinéma

L’idéaliste

Rudy Baylor, jeune avocat débutant et désargenté a en plus un handicap, celui de vivre dans la ville de Memphis où les hommes de loi et cabinets juridiques sont pléthores. Il finit par décrocher un emploi dans l’un des cabinets les moins reluisants de tout Memphis celui de Bruiser Stone, affairiste et mafieux notoire, que la justice cherche à envoyer derrière les barreaux. À la demande de son patron, le jeune homme se voit initié aux réalités du métier par Deck Shifflet, un parajuriste roublard comme il plaît à se qualifier lui-même.

Rudy va traiter trois affaires de front : celle de sa logeuse, en butte à la voracité financière de ses enfants, celle de Kelly Riker, une jolie jeune femme terrorisée par un mari violent et celle de la famille black, dont le fils meurt d’une leucémie faute de soins, parce que leur compagnie d’assurances, la Great Benefit, refuse de les prendre en charge. L’éternelle histoire du pot de terre contre le pot de fer. Devenu avocat par vocation, à la fois naïf et vertueux, Rudy va perdre ses illusions au contact de l'impitoyable monde de la justice et de l’injustice, en même temps qu'il va y trouver une insoupçonnable force de caractère.

Adapté du roman de John Grisham (la firme, le maître du jeu, l’affaire pélican), Francis Ford Coppola, nous livre ici une œuvre mineure, certes, mais néanmoins intéressante. La qualité du scénario tient en grande partie à la qualité du récit littéraire. Il faut dire que Coppola n’est pas vraiment sorti du cadre du livre. Quand je lis ce dernier, je vois le film et inversement et qui dit Grisham dit encore une recette ou les ingrédients sont les mêmes : procès, prétoire et avocats, et dans la peau de l’un d’eux, le jeune Matt Damon (encore tout frais du succès de Will Hunting) qui s’apprête à défendre sa première grande affaire en tenant tête aux piques aiguisées du vétéran John Voight avec les délicieuses remontrances du Juge Tyrone Kipler alias Dany Glover. Pour une raison qui m’échappe encore, je trouve regrettable que cet acteur, à l’immense talent, ne soit pas cité au générique de fin.


Bref... Bien qu'assez académique et parce que Coppola est un géant le film, au budget qui ne l’est pas moins (quarante millions de dollars), est construit pour nous offrir un agréable divertissement où l'on suit avec intérêt un procès palpitant qui s'étale sur plus d'une heure, riche en rebondissements à coups d'objections et de contre objections.

J’ajoute qu’avec ce film Coppola nous démontre une fois de plus, s’il en était, son incomparable travail de direction d’acteurs avec un casting de premier choix. Un Matt Damon très convaincant et dans les seconds rôles Danny DeVito, Jon Voight, Mickey Rourke, Dany Glover et Dean Stockwell en juge malade et autoritaire sans oublier, bien sûr, Claire Daines tout simplement excellente. Un bon partage des rôles donc, ou chaque acteur est à sa place, ou la justesse des interprétations est particulièrement appréciable.

Mais plus que la destinée de l'avocat Rudy Baylor, c’est une plongée dans les eaux troubles des cabinets d'avocats, avec le requin comme symbole, à travers l'œil d'un jeune novice. L'ensemble est aussi un réquisitoire contre l'immoralité du système de santé américain lorsqu'il est confié aux mains d’un libéralisme ultra décomplexé. Bien que classique dans son trait, Coppola livre une œuvre à la fois esthétique et militante et rend un bel hommage au romancier de grands talents qu’est John Grisham.


Au final, un bon Coppola. L’intrigue est bien menée et la mise en scène est solide. Mais que les inconditionnels du « Parrain » et autres « Apocalypse Now » ne s’y trompent guère : aucune trace du grand Francis n’émergera de ce film jugé un peu trop conformiste.

L'Univers de Noan


L'idéaliste
États Unis – Drame Juridique – 1997
Un film de Francis Ford Coppola
Avec
Matt Damon, Claire Daines,Danny DeVito, Jon Voight, Mickey Rourke, Dany Glover, Dean Stockwell

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